René Depestre poème Minerai noir.

imageDepestre, Minerai Noir

Quand la sueur de l’Indien se trouva brusquement tarie par le soleil

Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d’obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d’une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d’un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
A des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l’ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l’homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l’extraction
Des merveilles de cette race
O couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayés leur chemin
A travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l’enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n’osera plus couler des canons et des pièces d’or
Dans le noir métal de ta colère en crues.

René DEPESTRE, Minerai noir, 1956, Présence africaine.
Minerai a été traduit en russe par Pavel Antokolski.

Poéte, écrivain René Depestre a vu le jour en 1926 au sud de Ayiti dans la ville touristique de Jacmel. Après de brillantes études en 1945 il fonde une revue littéraire nommée la ruche avec d’autres compagnons. Etincelles son premier recueil de poèmes, a été publié dans cette revue.Depestre est un homme engagé politiquement. En 1946 il exile en France. Il prit cause pour la décolonisation. Suite à cet exil forcé il s’inscrit comme étudiant en lettres et sciences politiques à la Sorbonne. Désormais René Depestre est loin de son pays parcours le monde entier: Chine, Brésil, Argentine, Chili, ex-URSS, Cuba. Il a été invité par Che Guevara. Défenseur de la cause  » Noire » et de la décolonisation il a côtoyé Aimé Césaire. Il obtient plusieurs prix pour son roman publié en 1988, Hadriana dans tous mes rêves, notamment le Prix du roman de la Société des gens de langue et de littérature françaises de Belgique, le Prix Renaudot, ainsi que le Prix du roman de l’Académie royale.
Pour son livre La rage de vivre il fut le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie en 2007.

 

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